INTERVIEW   d'Alexis Denuy -


Votre livre Les Protestes vient de sortir, que représente-t-il pour vous ? 
Un premier pas, une première brique dans la fondation d'une maison que j'espère solide où je pourrais inviter du monde, je poserais ensuite des rideaux, je préparerais des plats, on pourra s'y installer, prendre un café, j'essaierai par la suite d'ouvrir grand les volets pour que le soleil entre, je veux repeupler, je voudrais faire rejaillir les sources, le monde est trop sec à mon goût, si on peut se ressouvenir du mot poésie grâce à moi c'est déjà un point mais j'en ai d'autres à développer,
je fais des choses pour durer, je m'intéresse aux fondations existantes qui s'enfoncent dans la vase, j'espère assécher le marais, pour rebâtir sur les ruines de cette ancienne maison sur pilotis qui s'enfonce peu à peu et à laquelle je donne un coup de pied, en fait je m'assois dessus, mon but final est certainement de déployer au faîte de la tour un petit drapeau qui exprime la liberté ....

Qu'avez vous voulu dire à travers lui ?
J'ai voulu non pas dire quelque chose mais j'espère provoquer un réhumanisme, un néohumanisme, qu'il fonctionne comme une impulsion, dans les rouages de ce livre existe la possibilité d'un basculement, j'espère que ce livre est un déclencheur, je n'espère rien dire mais faire, provoquer une rupture, une rupture de ton, au milieu de la monotonie, l'asthénie, je voudrais démomifier le temps présent, lui rendre des couleurs, j'espère un peu d'ardeur, un peu de sang neuf dans l'hôpital, si ce livre peut provoquer un réveil, casser les catégories ... il est à la croisée de la philosophie, de la poésie et des livres d'aphorismes.

A qui s'adresse votre livre ?
A toute personne de bonne volonté, toute personne qui pourrait s'y reconnaître, aux gens qui aiment la liberté, je leurs donne des clefs.

Que voulez vous dire à vos lecteurs ?
Lisez le comme il est, prenez-en de la graine que ça vous permette de faire pousser des fleurs, si vous aimez ce que vous lisez je vous embrasse et je vous aime c'est sincère, mon livre vient du coeur,
s'il peut trouver une place dans le votre, c'est parfait.

Pourquoi l'avoir appelé Les Protestes ?
Oui, c'est intéressant comme question, j'avais envie d'un titre qui manifeste, j'avais envie d'un titre solide comme pour un traité, j'ai trouvé Les Protestes qui est un mot qui jusqu'alors n'existait pas en français et qu'on pourrait rapprocher des protest songs, chants de rebellion américain.

Si je vous demandais trois mots pour résumer votre livre ?
Liberté - égalité - fraternité, non je plaisante, ça c'est ce qu'on aurait espéré qu'est-ce qu'on pourrait dire ... commencer par fraternité, disons liberté de penser, fraternité avec qui il me semble bon de fraterniser et maintenant différence plus qu'égalité ça m'intéresse beaucoup plus, j'ai parlé dans le livre de l'égalité qui coupe ce qui dépasse, je n'en pense pas moins évidemment, ce que j'aime dans les différences, c'est leurs différences, si les choses étaient plus à leurs places ... certains prétencieux pourraient revoir à la baisse leur dite prétention.
Des vrais différences, une véritable fraternité et la liberté de penser, là je vote pour, mais est-ce que la France est prête pour une véritable démocratie ?

Etes-vous déjà en train de travailler sur un prochain livre ?
Je suis déjà en train de préparer le prochain j'ai déjà quelques idées de titres mais je ne suis pas encore fixé, vous saurez tout en temps voulu en attendant quelques extraits paraitront dans des revues comme ça a été le cas pour ce livre, puisque deux textes des Protestes sont parus dans Empreintes dont un inédit et une première version de Remplacer tout qui est paru dans Borborygmes ... ce que je peux vous dire d'ors et déjà c'est que pour le prochain, les fondations de la maison avancent d'un étage, c'est comme ça que je pourrais le présenter,
je dirais : deuxième étage !

Que pensez-vous de la place de la poésie aujourd'hui ?
Justement j'en pense qu'il n'y a pas de place pour la poésie en ce moment, j'espère provoquer une brèche en proposant mon livre, afin de d'offrir quelque chose de plus séduisant que les tirages précieux sur vieux papiers. L'idée d'une poésie de gare me semble intéressante par exemple ...

Dans quel climat avez-vous écrit Les Protestes ?
Dans un climat de grande concentration à l'écoute de chaque son dans ma tête pour essayer de rendre une musique exacte, c'est fait de pleins de choses qui me trottaient, j'ai voulu rendre une quintessentielle musique de fond, c'était parfois étourdissant, j'espère que le résultat est bon, ce que j'ai surtout voulu c'était d'être exact avec moi même, c'est pas toujours évident puisqu'il y a de multiples interférences dans la vie quotidienne pendant qu'on écrit, je voulais en tout cas que le résultat soit riche de choses que je ressentais vraiment, ça pour moi c'était important.

Qu'est-ce qui a été le plus difficile dans l'écriture des Protestes ?
Lutter contre et avec les mots, contre tous les raidissements d'échines, essayer de ne pas ankyloser la jambe pour qu'elle garde tout son mouvement, j'ai voulu que ça est à la fois du nerf et de la chair, des bonnes articulations. Donc ça a été du sport.

Faites-vous le procès du monde dans ce livre ?
C'est un petit peu vaste comme question, je ne sais pas si je pourrais être catégorique, j'instruis DES procès, je n'ai pas non plus une vision monolithique et j'examinerai toujours les choses séparément, les détails forment l'ensemble ! 

Quelle place dans la vie des gens pensez-vous qu'aura votre livre ?
ça serait prétentieux de ma part d'imaginer la place qu'il pourrait prendre, en tout cas il me plairaît de savoir que quelqu'un l'ait sur son chevet et garde en mémoire quelques phrases dans sa vie quotidienne. Si ça peut servir, en tout cas moi c'est ce que j'aime dans le vie, les choses qui servent. C'est un petit livre de service, de particulier à particulier !

Un mot de conclusion ?
Pas de conclusion, jamais de conclusion, je continue, seule la mort se chargera de conclure, le présent nous appartient pour faire des choses, vivons-le et après j'aimerais bien vous parler du paradis mais je connais pas encore.


Entretien réalisé à Paris en mars 2009 par Philippe Seigle.